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Rodrigo Alonso Reyes Cordova, comprendre la perception de la science par le public

Après avoir effectué son doctorat au médialab entre 2022 et 2026, Rodrigo Alonso Reyes Cordova a soutenu sa thèse le 26 juin 2026. Celle-ci s’intitule “Retying the Knot: Four Articles on Science and Expertise in a Polarized World” et a été réalisée sous la direction de Jean-Philippe Cointet et Achim Edelmann.

Chronique

Peux-tu nous présenter ton parcours universitaire ? 

Avant de rejoindre le médialab, j’ai effectué un master en sociologie quantitative. J’ai principalement été formé à l’analyse comparative internationale de données issues d’enquêtes par questionnaire. En arrivant au médialab, je me suis davantage orienté vers des approches expérimentales.

Quel est le sujet de ta thèse et pourquoi as-tu choisi ce thème ? 

Mes recherches portent sur les relations entre la politique et les perceptions publiques de la science.

J’ai toujours été intéressé par cette question. Vers 2016 ou 2017, notamment dans le contexte américain, le discours dominant présentait la gauche comme favorable à la science et la droite comme opposée à celle-ci. Cette lecture me semblait trop simpliste. Je pensais que la question ne concernait pas uniquement la science elle-même, mais aussi la manière dont elle est mise en œuvre, ainsi que les solutions envisagées par les citoyens lorsqu’ils sont confrontés à des faits scientifiques mettant en évidence des enjeux de société.

Mon point de départ était donc le suivant : comment les perceptions d’une même information scientifique évoluent-elles selon qu’elle est présentée par différentes sources et selon les orientations politiques des individus ?

Quelles méthodes as-tu mobilisées dans le cadre de cette recherche ? 

J’ai principalement utilisé des méthodes quantitatives. Je me suis surtout appuyé sur des dispositifs expérimentaux, que j’ai pu approfondir durant mon passage au médialab.

J’ai également réalisé des analyses d’enquêtes nationales, en m’appuyant sur les compétences acquises au cours de ma formation.

Enfin, ma thèse présente les résultats d’une analyse textuelle automatisée, une approche que j’ai entièrement découverte au médialab grâce à l’apprentissage de ces méthodes computationnelles.

As-tu rencontré des difficultés au cours de tes recherches ? Comment les as-tu surmontées ? 

J’ai commencé ma thèse à la fin de l’année 2022. Puis, en 2023, Twitter a commencé à fermer progressivement son accès aux données. Or, tout notre projet reposait sur la collecte de données Twitter. Cela a constitué notre premier grand défi.

Durant les premiers mois, nous avons travaillé intensivement avec Achim Edelmann, Benjamin Ooghe-Tabanou, Kelly Christensen et  Inès Girard afin de nettoyer les données dont nous disposions et de continuer à interroger Twitter à l’aide de Minet. Guillaume Plique nous a également apporté une aide précieuse.

Par ailleurs, j’ai eu beaucoup de difficultés à me familiariser avec la littérature en Science and Technology Studies (STS). De nombreuses personnes du médialab m’ont conseillé sur les auteurs à lire, les références incontournables et les pistes bibliographiques à explorer. Leur aide m’a permis de mieux situer mes travaux dans ce champ de recherche.

Quels sont, selon toi, les principaux apports de ta thèse ? 

Je pense que la principale contribution de cette recherche est d’apporter des éléments montrant que la contestation de la science ne s’explique pas par l’ignorance.

Pendant longtemps, la littérature associait le scepticisme scientifique à un manque d’éducation ou de connaissances. Les travaux récents montrent cependant que ce n’est pas nécessairement le cas. Les personnes qui contestent certains résultats scientifiques peuvent au contraire très bien connaître les méthodes scientifiques et s’en servir pour les remettre en question.

J’ai également montré que cette contestation ne vise pas la science dans son ensemble, mais davantage la manière dont les connaissances scientifiques sont mobilisées dans les politiques publiques et les dispositifs de régulation. Les individus ne remettent pas forcément en cause la méthode scientifique, l’expérimentation ou l’expertise ; ils interrogent plutôt la façon dont ces connaissances sont utilisées dans des domaines qui ont un impact direct sur leur vie quotidienne.

Comment as-tu vécu ton doctorat au médialab ? 

J’ai beaucoup apprécié mes premières années au médialab. Tout le monde s’est montré très bienveillant et j’ai bénéficié d’un soutien important de la part de mes deux directeurs de thèse, Jean-Philippe Cointet et Achim Edelmann.

Alex Kindel, Amélie Vairelles et Barbara Bender m’ont également beaucoup aidé tout au long de la thèse, notamment sur les aspects pratiques.

Quel souvenir garderas-tu le plus de ton doctorat ? Un moment, une rencontre ou une réalisation qui t’a particulièrement marqué ? 

Je crois que ce dont je me souviendrai le plus est ma première présentation lors des séminaires du médialab. J’y présentais les résultats de mon premier article.

Je me rappelle que Thomas Tari m’avait dit qu’il n’était pas convaincu par mon cadre théorique. J’affirmais alors que la science était aujourd’hui plus politisée que jamais. Thomas m’a expliqué que la science avait en réalité toujours été liée au pouvoir politique et à la gouvernance.

À partir de cette remarque, je me suis demandé : si la science a toujours été politisée, pourquoi avons-nous aujourd’hui le sentiment qu’elle l’est davantage ? Cette question m’a beaucoup fait réfléchir et a profondément contribué à structurer ma thèse, en particulier son introduction.

Quel conseil te donnerais-tu si tu pouvais revenir au premier jour de ta thèse ? 

Je lui dirais probablement de discuter davantage avec les autres membres du médialab. Les retours que j’ai reçus ont été extrêmement précieux, et en obtenir davantage dès le début m’aurait certainement aidé.

Je lui conseillerais aussi de tenir un meilleur index de tous les articles lus. J’ai perdu énormément de temps à retrouver des références que j’avais consultées plusieurs mois auparavant.

Quels sont tes projets maintenant que tu as soutenu ta thèse ? 

Je suis actuellement à la recherche d’un postdoctorat.

Si je pouvais poursuivre mes recherches sur les perceptions publiques de la science et de l’expertise, ce serait idéal. Plus généralement, tout projet portant sur les attitudes du public m’intéresse, et plus particulièrement ceux reposant sur des méthodes quantitatives.