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Russia, made in France

Quels sont les producteurs de connaissance qui animent les conversations sur la Russie soviétique et post-soviétique ?

Recherche

Ces questions sont au coeur du projet de recherche « Russia, made in France » qui se propose de mettre à plat de manière systématique et à grande échelle (c’est-à-dire collecter, nettoyer, identifier, organiser, coder, représenter des données) la production de discours sur la Russie dans toute sa diversité (produits académiques, journalistiques, fictionnels et audiovisuels) entre 1980 et 2019. 

Contexte

Cette période a été caractérisée par de profondes mutations historiques (de la Pérestroïka à la Russie poutinienne) modélisant ainsi l’objet Russie en fonction des transformations qui la parcourent et induisant de facto, une adaptation et une évolution des outils théoriques et conceptuels pour l’appréhender. En effet, avec la chute de l’URSS, la Russie post-soviétique va devenir un objet protéiforme, captivant et résistant mais devenu accessible à d’autres acteurs (« les non spécialistes ») rendant poreuse la frontière entre experts et non-experts et favorisant le foisonnement de productions académiques et pseudo-académiques sur la Russie.

Pour l’époque soviétique, la production de connaissances s’était caractérisée par la tentative de trouver un modèle explicatif du système communiste s’articulant, de manière schématique, autour de deux concepts « l’histoire sociale par en bas » (Fitzpatrick, Levin, Ferro, Blum) ou le modèle totalitaire (Pipes, Besançon, Lefort). Or l’écueil qui en résulta fut celui de la difficulté d’embrasser cet objet sans avoir recours à une approche dogmatique ou culturaliste. Mais l’évolution morphologique du passage de l’URSS à la Fédération de Russie a mis au défi les experts, les spécialistes, les « soviétologues » en ouvrant le marché des idées et en mettant fin au monopole des concepts d’analyse.

Objectif et méthodologie

Plus qu’une histoire des idées académiques, il s’agira de comprendre l’écosystème des connaissances dans son ensemble à partir de l’analyse de la circulation des théories sur la Russie en en identifiant les sources et les lieux de diffusion. Ces théories diffèrent peu en réalité des théories des sciences dures mais elles sont plus difficilement identifiables (ne sont rattachées à aucun équipement scientifique), appréhendables (processus historique « en train de se faire ») et justifiables (on peut difficilement les soumettre à la démonstration). Mais plus encore et plus directement que les théories scientifiques, celles-ci jouent un rôle politique majeur puisqu’elles impactent les politiques publiques et les pouvoirs décisionnels (tant au niveau national qu’international), phénomène facilité et amplifié par les média (presse écrite télévision et radio). 

Ce projet combine la scientométrie, les media Studies, l’histoire des idées et s’appuie sur une approche STS en accordant une attention particulière aux conditions matérielles et sociales de la production de connaissances. Russia, Made in France implique une approche classique des sciences sociales (entretiens qualitatifs) et innovantes (recours à la Data Science et aux humanités numériques) à partir de la constitution de bases de données (base de thèses françaises sur la Russie ; base de livres publiés en France ; base des émissions de télévision et radio prenant part à la conversation sur la Russie). La mise en relation de ces bases permettra de comprendre les différentes empreintes des chercheurs et intellectuels français s’engageant dans l’objet Russie.

Russia, Made in France permettra notamment de comprendre :

  • où sont les lieux de production et comment s’éprouve la vie de laboratoire des « études russes » 
  • la modélisation et la bifurcation de l'éthos traditionnel du chercheur français travaillant sur la Russie, c’est-dire le passage du slavisant, reconnu par ses pairs à l’apparition de l’expert, extérieur au champ académique 
  • l’émergence de représentations sur la Russie dans le monde académique et médiatique