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Espace public numérique

Comment circule l’information dans l’espace public numérique?

Comment représenter à l’aide de méthodes numériques les espaces médiatique et politique français ?

Recherche

Les circuits de l’information ont été profondément transformés par l’émergence de l’espace public numérique qui occupe désormais une place centrale dans la formation de l’opinion publique. L’objectif de ce projet est de conduire une analyse structurelle de ces transformations afin de mettre en contexte les questions relatives à la désinformation, la polarisation politique et la production des problèmes publics. À partir d’une collecte systématique débutée en 2018 des articles publiés par un ensemble  de près de 460 médias français (sites web de journaux, radios, TV, blogs, etc.), ce projet s’appuie sur une infrastructure de collecte de données permettant de suivre la circulation des informations sur le web, Twitter, Facebook et YouTube. Son objectif est de développer une approche structurelle de l’espace public numérique que l’on cartographie à l’aide de méthodes de  catégorisation automatique et de plongement  de données textuelles, relationnelles ou même visuelles des contenus. On s’attache ainsi à représenter différents énonciateurs de l’espace numérique dans un espace idéologique latent, à proposer une modélisation actantielle des énoncés, à suivre  la circulation des thématiques sur des plateformes différentes, etc. Les données et les outils développées dans ce projet sont aussi mobilisées pour conduire un ensemble d’études monographiques ou thématiques relatives à la circulation de la désinformation, la mobilisation des Gilets Jaunes, la production de l’agenda médiatique, l’analyse de controverses autour des thèmes des migrants ou des crises sanitaires.

Projets associés

La réception de la désinformation

Si le discours médiatique a porté la désinformation au rang de problème public, un nombre croissant de recherches tend cependant à relativiser l’impact des “fake news” sur les internautes. À rebours des approches techno-centrées et individualisantes, selon lesquelles les transformations numériques de l’espace public laisseraient les internautes naviguer sur le web comme sur un bateau ivre, cette thèse s'inscrit dans la lignée des études de sociologie de la réception qui ont montré que les informations sont loin d’être absorbées passivement mais peuvent au contraire faire l’objet d’usages et d’interprétations multiples. En combinant différentes méthodes (analyse de traces textuelles, entretiens semi directifs, traitement de données quantitatives), cette thèse entend caractériser les nouvelles formes d’énonciation qui sont apparues depuis que les inquiétudes suscitées par les “fake news” ont contribué à réintroduire un contrôle sur la qualité des informations. Si ces dernières années les travaux de sociologie numérique ont documenté comment des prises de parole subjective et relâchée ont fait leur apparition dans l’espace public, il apparaît que de plus en plus de contraintes de vérification pèsent désormais sur l’énonciation des internautes – complotistes pour les uns ou comploteurs pour les autres.

Empreinte antisémite sur Youtube

Peut-on mesurer automatiquement l’empreinte des énoncés à coloration antisémite sur Youtube? Cette expérimentation propose de concevoir une méthode d’apprentissage permettant de détecter des énoncés à connotation antisémite dans les commentaires des utilisateurs de Youtube. A partir d’une cartographie raisonnée des principales chaînes d’actualité et d’informations de Youtube, le projet étudie la distribution des réactions antisémites en fonction des territoires de la cartographie. Il porte une attention spécifique aux chaînes d’extrême-droite et complotistes.

Cette enquête est réalisée pour la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNDH). 

L’extrême-droite en ligne

Un questionnement fondamental a longtemps traversé l’espace public en démocratie : quelle place doit être laissée aux discours attentant aux principes démocratiques ? Cette question a trouvé, par exemple, écho dans les interrogations morales des « gatekeepers », ces journalistes qui faisaient valoir leur fonction démocratique pour fermer l’accès à l’espace public au Front National. Partant qu’il est désormais beaucoup plus simple pour des contenus politiques de droite radicale de se rendre visibles sur le web, l’enjeu central pour les promoteurs de ces contenus s’est donc déplacé vers leur légitimité. Cette thèse se propose d’étudier par quelles stratégies discursives et par quelles transformations des dispositifs d’énonciation des contenus, jadis considérés comme « extrêmes », « radicaux » ou « périphériques », ceux-ci changent de statuts pour s’imposer comme des grilles de lecture légitimes du monde social. La normalisation de ces discours profite notamment de moments de crise pendant lesquelles les normes du dicible sont relativement plastiques, d’acteurs médiatiques aux positions interstitielles ou aux trajectoires centrifuges. La droite radicale travaille également à subvertir les règles du jeu dans l’espace médiatique en dispensant un discours protestataire sur la liberté d’expression, tout en pointant l’état sinistré d’un espace public tenu par des médias corrompus.

Cette thèse s’attache donc à comprendre les conditions de possibilités qui permettent à la droite radicale d’engager une bataille culturelle, visant à conquérir une position hégémonique dans l’espace médiatique.

Espace idéologique latent

Les traces publiques des médias sociaux, en particulier Twitter, offrent une occasion unique de déduire l'espace idéologique que leurs utilisateurs composent. Les réseaux de suivi des parlementaires français sont exploités en utilisant les méthodes de Barbera pour identifier la structure des "attitudes" politiques des utilisateurs de Twitter. Cet espace émergent est composé de deux dimensions principales : le clivage classique droite/gauche et un second axe opposant les points de vue supranationalistes et locaux.

De là, le signal est propagé à des URL individuelles partagées en ligne, et par agrégation successive à des médias individuels qui à leur tour nous permettent de mesurer le degré de polarisation de l'écosystème médiatique complet, ou d'étudier comment certains thèmes de l'agenda médiatique ont émergé dans un certain sous-espace de l'espace idéologique avant d'aller plus loin. 

Le projet prévoit d'étendre la méthodologie au sein de l'espace européen. 

Les affaires sanitaires et la crise de l’expertise (ANSES)

Les savoirs et l’expertise scientifiques associés à la gestion des risques sanitaires et environnementaux sont l’objet de questionnements et de controverses de plus en plus apparents. Ce projet propose de cartographier les affaires relatives aux risques sanitaires comme ceux des pesticides ou de la 5G. Il s’inscrit dans un cadre plus large d’interrogation des formes prises par la transformation du rapport à l’expertise dans l’espace numérique. L’exacerbation du débat public autour des phénomènes de désinformation contribue à la constitution d’un débat tranché entre le vrai et le faux, le rationnel et l’irrationnel, la science et la non science. Ces mécanismes de polarisation du débat autour de la science sont étudiés à l’aide de méthodes de cartographie sémantique qui rendent compte de la circulation des arguments et des interlocuteurs dans un espace numérique pluriel.

Cette recherche est conduite avec l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (ANSES) - novembre 2020/ 2022.

WebClim

La plupart de l’accès public à l’information en ligne se fait aujourd’hui via des moteurs de recherches, des réseaux sociaux et des plateformes de vidéos, vecteurs d’informations fausses ou trompeuses. Plusieurs de ces plateformes ont récemment annoncées prendre des mesures en faveur d’une information plus crédible, mais il n’existe que peu de données disponibles pour traquer l’efficacité de ces mesures et l’impact qu’elles peuvent avoir sur l’accès à l’information et les attitudes du public.

Le projet Webclim va sonder l’étendue de l’influence des pratiques et des algorithmes des plateformes web sur l’accès à l’information et l’attitude du public dans le domaine du changement climatique.

Genre et espace numérique

Le médialab est à l’initiative du groupe de réflexion « Genre et espace numérique » qui propose d’interroger la question de la construction du genre dans la sphère des médias et du numérique, notamment par l’analyse des traces numériques (images, animés, textes sur des forums, cartographie des controverses liées à la question du genre, cartographie des espaces dédiés à l’expression des genres sur le web, analyse des espaces de socialisation dans lesquels s’expriment la pluralité des genres, etc.). La question du genre semble être un terrain d’étude particulièrement pertinent, où les enjeux sociétaux et identitaires sont importants et médiatisés, pour aborder les conflits de définition comme pour prendre la mesure qualitative et quantitative des stéréotypes et des rôles sociaux.