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Une part en trop ? Quand la participation fait hésiter la finalité de la recherche

Robin de Mourat, Axel Meunier, Donato Ricci

La participation est fréquemment intégrée aux projets de recherche au titre d’une méthode prête à l’emploi, c’est-à-dire un moyen au service d’une fin définie ailleurs (collecter des données, gagner en acceptabilité, renforcer une « dissémination », etc.). Cette vision suppose que la participation doit, pour être effective, se débarrasser des problèmes dont les participants pourraient souhaiter se saisir pour gagner en pouvoir d'agir, parce qu'ils les concernent ou entrent dans le champ de leur expérience. Pourtant, n’est-ce pas dans la pluralité des perspectives et des expériences que se situe l’apport propre aux dynamiques de recherche collective ? Nous proposons d’interroger un paradoxe récurrent des dispositifs participatifs. D’une part, l’impératif moral de participation accompagnant les injonctions à l'utilité sociale de la recherche, se voit institutionnalisé dans tout un ensemble de conventions de financement, de procédures de gestion de projet et de discours. Cependant, d’autre part, cet impératif conduit à une formalisation qui réduit la participation à une obligation de moyens (« avoir fait participer »), et à une définition rigide et a priori des fins de la recherche et des modalités de la participation. Nous proposons avec Zask (2011) que, pour prendre une part dans un processus collectif, c’est-à-dire acquérir la capacité d’en affecter la conduite et les finalités, il est nécessaire de laisser l'espace pour la reconnaissance des finalités plurielles et changeantes des situations participatives. En ce sens, tout processus participatif est nécessairement promis à rencontrer des situations d'échec, ou au moins d'anomie, dans lesquelles la définition de la situation, des parties à prendre en compte et de la réponse à des questions telles que « que faisons-nous ensemble ? » ou « pourquoi sommes-nous là ? » deviennent troubles et contestées. Dans ces situations, la matérialité des espaces, des artefacts et des corps jouent pleinement, engageant une politique des dispositifs – qui participe, à quoi, quand, et avec quels pouvoirs sur la définition du problème et sur la forme des solutions – qui fait l’objet d’un questionnement croisé entre les communautés de recherche en design participatif et en anthropologie (Ehn 2008, Estalella & Criado 2018). Nous proposons d'adopter une approche pragmatiste qui prenne au sérieux l’hésitation non comme un défaut de conception, mais comme le symptôme d’un pluralisme de biens en conflit (James 1891) : la morale n’est pas donnée d’avance via une série de principes, elle se fabrique au contact de demandes hétérogènes et par le poids donné aux décisions prises dans le feu d'une action pour laquelle l'établissement des fins et des moyens est authentiquement mis en question. Nous proposons de faire le récit descriptif de quelques moments d’hésitation tirés de notre expérience de recherches dites participatives. Nous discuterons de l’articulation entre la matérialité des dispositifs et leur capacité à accueillir ces différentes formes d’hésitation et leurs effets. Ce faisant, nous défendrons que le rôle des designers et autres acteur·ices frontières de la recherche se situe précisément dans leur capacité à inlassablement remettre en question les distinctions entre modalités et finalités de la recherche participative.