Dire sur le web ce que les Français pensent tout bas'' : Les expressions numériques de la droite radicale
Benjamin Tainturier
Cette thèse de sociologie analyse le processus de normalisation de la droite radicale en France. Ce processus se caractérise par l'adoption par des personnalités politiques de gauche, du centre et de la droite modérée de discours et de pratiques apparentés à la droite radicale : des déclarations discriminatoires vis-à-vis des immigrés, la « brutalisation » d'un débat public où l'on vise davantage les personnes que les idées, l'imposition de certains cadrages de l'actualité. Cette recherche se concentre sur le rôle des espaces numériques dans la constitution d'un écosystème d'acteurs - militants, journalistes, influenceurs - dont les liens d'affiliation avec les partis politiques de droite radicale ne sont pas formellement établis, mais qui contribuent à en normaliser le discours et les idées. Ces acteurs s'expriment dans les espaces numériques ouverts par les technologies de l'information et de la communication, des espaces qui sont soumis à un moindre contrôle énonciatif que les autres scènes médiatiques ou politiques. L'affaiblissement de ce contrôle rend possible la circulation de nombreux énoncés proscrits ou peu admis dans la plupart des espaces médiatiques traditionnels. Ces énoncés sont intégrés dans des pratiques discursives originales qui se sont épanouies dans les espaces numériques. L'approche adoptée est fondée sur des méthodes numériques : algorithme de détection de discours de haine, analyse de réseaux, traitement automatique du langage... Ces méthodes permettent de traiter des volumes considérables de données, dont certaines sont produites par des locuteurs peu étudiés jusqu'alors.