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Désobéissance numérique

Cette séance TransNum propose d'explorer l’expansion de la numérisation de la vie sociale, et les formes de désobéissance et de mobilisation qu'elle suscite.

Rendez-vous, Séminaire TransNum

Comment critiquer l’expansion de la numérisation de la vie sociale? Quelles formes de désobéissance et de mobilisation suscite-t-elle ? Les trois interventions de cette séance de TransNum proposent d’explorer sur des terrains variés, le discours critique de la nouvelle gauche américaine, la biosécurité et les objets communicants, le déploiement de discours et d’activités de contestation des dispositifs numériques. Elles permettront de mieux caractériser les spécificités de cette forme de critique sociale au regard de la grammaire plus générale de la dénonciation du pouvoir et de la domination. 

La séance sera introduite par Frédéric Gros (Professeur au CEVIPOF).

Programme

« Il faut défendre la société de contrôle » : Le libéralisme autoritaire face aux désobéissances hacktivistes par Félix Tréguer (chercheur post-doctorant au CERI et chercheur associé au Centre Internet et Société).

Après avoir rappelé la filiation entre les pionniers de l’hacktivisme et les tactiques anti-technocratiques engagées par la Nouvelle Gauche à partir des années 1960, Félix Tréguer propose d’analyser la vague répressive qui frappa les hackers militants à la fin des années 1980 comme l’une des stratégies de pouvoir conçues pour refermer la crise de gouvernementalité engagée dans les années 1960 – une stratégie depuis réactivée chaque fois qu’un « front hacker » a semblé sur le point de se reconstituer. Ce faisant, il invite à voir dans cet épisode une tentative réussie de sécurisation des sociétés « post-industrielles » et de leurs infrastructures numériques, mais également une étape clé dans
la généalogie du libéralisme autoritaire.

Obéissance et désobéissance digitale face à la "sécuritisation" de la vie par Camilla Pagani (Docteure en Philosophie et Professeure invitée à la MGIMO).

Dans un contexte de "biosécurité" où le contrôle de vies considérées comme fragiles et vulnérables justifie un impératif de traçabilité intégrale (Gros 2012, p. 196), les outils numériques se sont révélés des instruments extrêmement efficaces afin de localiser les personnes, les identifier, tracer leurs contacts, étudier leurs actions voire prédire leur comportement.

La pandémie de covid-19 a accéléré le processus, déjà à l'œuvre depuis le début du XXIe siècle, de "sécuritisation de la santé" et de "médicalisation de l'insécurité" (Elbe 2011). Or certains États ont développé des applications de contrôle, de traçage des contacts et de géolocalisation à des fins de sécurité sanitaire. L'utilisation de ces instruments digitaux ainsi que des algorithmes dans le domaine de la sécurité requiert une réflexion éthique (Amoore & Raley 2017) sur les limites à fixer et l'équilibre à trouver entre défense de la privacy et besoins de contrôle et de prédiction pour l'exigence sanitaire.

Quelle forme d'obéissance digitale ce contexte sécuritaire engendre-t-il? Et inversement, quelle désobéissance digitale devient-elle légitime?

Les conditions de la résistance aux objets connectés  par Charles Corval (Doctorant au CEVIPOF)

Le mot condition dispose de deux histoires. Les conditions désignent d'abord ce qui est de l’ordre des formes de vie. Les conditions d’existence sont alors conçues comme un cadre déterminant du répertoire d’actions que peuvent mobiliser les individus. Certaines conditions d’existence permettraient la résistance, d’autres encourageraient le maintien du statu quo. Mais le concept de condition renvoie aussi plus largement à la longue histoire de la conditionnalité du pouvoir sur le modèle du constitutionnalisme. A quelles conditions doit-on accepter d’obéir ? Ce problème est au cœur des penseurs classiques de la modernité, de Locke à Kant, en passant par Rousseau. La mise en question des conditions de la résistance aux objets connectés revient donc à l’actualisation de ces deux enjeux : peut-on définir normativement, un seuil de l’inacceptable dans l’intrusion du numérique dans nos artefacts ? Et si cette limite est effectivement concevable, dans quelles conditions d’existence peut-on espérer trouver la force de la défendre ?